
en alternance avant chaque sÉance
Silence = mortes
Est une collection de 10 films courts, initiée par CHAZ Productions à l’occasion des 20 ans d’Act Up-Paris. Elle a été diffusée par ARTE le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida.
Dix réalisatrices ont donné la parole à des femmes confrontées au virus.
A l’heure ou des progrès scientifiques importants sont réalisés, elles nous donnent à voir, chacune dans des registres différents, à quel point la séropositivité des femmes se vit encore dans le secret, la stigmatisation et la honte. Pour se soigner, il faut être dépistée, il faut pouvoir dire sa maladie et avoir accès aux soins. La lutte contre le sida se fait et se gagne sur le terrain politique. C’est, depuis le début de l’épidémie, la démarche d’Act Up.
Lutter contre le sida des femmes, c’est avant tout lutter pour le droit des femmes et contre les inégalités.
EN ALTERNANCE, ET AVANT CHAQUE SEANCE DU FESTIVAL, SERONT DIFFUSES DEUX DE CES COURTS, FICTIONS OU DOCUMENTAIRES, DE 3 MINUTES CHACUN.
ACTION = MILITANTES de Valérie Mréjen
Avec Sarah De Haro et Catherine Kapusta-Palmer
Valérie Mréjen, plasticienne, cinéaste, photographe et écrivain, s’est intéressée aux femmes, souvent séronégatives, qui militent ou ont milité à Act Up. Elle les a rencontrées, a recueilli leurs témoignages, des récits denses et concis. Le tournage de ce court documentaire a donné lieu à de grands moments d’émotion et à la remontée de nombreux souvenirs :
« une replongée dans les années 80... » se souvient la réalisatrice.
Une idée de slogan pour Act Up - Paris ? « Durex libère la femme ! »
COMMENT DIRE de Rachida Krim
Avec Juliette Jouvin (Nina)
Rachida Krim a rencontrée Juliette, jeune fille de 19 ans, née séropositive et qui lui a confié les problèmes liés à son statut dans ses relations amoureuses. Elle en a fait Nina, un personnage qui se réfugie dans la danse et ne peut parler de son secret à celui qu’elle aime. Nina choisit d’écrire, et c’est cette lettre qu’elle lit tandis qu’on la voit s’entraîner à la barre.
Rachida Krim, qui a déjà travaillé sur le sujet du sida avec cinq courts-métrages de prévention destinés à la communauté maghrébine, poursuit son but : « Ma principale motivation était de lutter contre la stigmatisation de cette maladie ».
PASCALE B. de Sandrine Veysset
Avec Pascale Berlandier
« C’est le témoignage de Pascale, agent du service public, séropositive depuis 1984 et victime d’une sournoise discrimination à son travail, après avoir révélé sa maladie ». voilà comment Sandrine Veysset résume ce film
court qui recueille la parole de Pascale, simplement, en plan séquence.
La réalisatrice de « Y’aura-t-il de la neige à Noël ? » avait envie de «permettre à une autre femme de s’exprimer, de témoigner, en espérant ainsi contribuer à faire bouger les mentalités, de dénoncer une attitude insoutenable et inadmissible de la part d’employeurs envers les malades, une forme pernicieuse d’exclusion ».
Sandrine Veysset se souvient d’un moment « joyeux et grave en même temps, grâce à cette rencontre avec Pascale, sa force, son énergie… ses angoisses aussi ».
CORPS DE DAME de Karin Albou
Avec Isabelle Caro (Charlotte) et Karin Albou (le médecin)
Lors d’une consultation médicale, une jeune femme malade se confie à son médecin. Elle évoque sa peur de rencontrer quelqu’un, sa difficulté à accepter sa nouvelle apparence physique et à la confronter au regard de l’autre.
La réalisatrice de « La petite Jérusalem » filme un moment d’intimité entre une patiente et son médecin, un dialogue autour du corps : « J’ai eu envie de décrire la relation entre un patient et un médecin, de parler de cet étrange rapport fait d’intimité et de distance, une distance presque infranchissable du fait que l’un est malade et l’autre pas. Je trouvais aussi important de parler des maladies opportunistes et pas seulement de la séropositivité, de rappeler que si l’on n’est pas dépistée et soignée à temps, on peut développer la maladie.
L’axe féminin du projet me touchait aussi car il permet de mettre fin à beaucoup de clichés sur le vih. »
Karin Albou a vécu la maladie de près, dans son enfance, autour d’elle et gardera longtemps les images de ce tournage.
CHRISTINE… de Sòlveig Anspach
Avec Christine Aubère
Sòlveig Anspach avait déjà filmé la maladie dans « haut les cœurs ! » qui valut à son actrice principale, Karin viard, un César de la meilleure actrice. Elle a rencontré Christine, capitaine de l’équipe de football féminin d’issy-les-Moulineaux : « C’est un portrait de Christine, qui alors qu’elle se destinait à une grande carrière de footballeuse, apprend à 20 ans, suite à son premier rapport sexuel, qu’elle est séropositive. C’était il y a 20 ans, et là tout s’écroule ».
Le sport, la maladie, la reconstruction, Christine se livre à la caméra de Sòlveig Anspach, qui l’a aussi suivie à l’entraînement.
Pour moi c’était évident de le faire, explique la réalisatrice, et on était tous très heureux de le faire !
Une idée de slogan pour Act Up - Paris ? « vivre ! »
JULIETTE de Sylvie Ballyot
D’après le témoignage de Charlotte Boucheron
Avec Valérie Donzelli (Juliette) et Julien Baumgartner (Pierre)
Sylvie Ballyot s’est inspirée de sa rencontre avec Charlotte pour en faire le personnage de Juliette : « Depuis 2 ans, Juliette n’a plus de relation amoureuse, elle a trop peur du virus en elle. Son meilleur ami lui demande ce qu’elle veut pour son anniversaire. Elle lui répond « faire l’amour ». Entre hésitations, renoncements et désirs, quelques instants de cette journée particulière dans la vie de cette jeune femme.
Pour la réalisatrice de « Tel père telle fille » et de « Love and Words », la motivation était « d’essayer de transmettre à travers ce film une part intime de la vie d’une jeune femme séropositive face à son désir de faire l’amour, et la difficulté d’assumer ce désir »
La réalisatrice gardera de cette expérience « le souvenir de Charlotte rencontrant les comédiens, et le lien qui s’est créé rapidement entre eux. A travers Valérie Donzelli et Julien Baumgartner, j’ai l’impression que quelque chose de l’histoire de Charlotte, de sa parole, de ses émotions a pu prendre corps. Et aussi grâce à la générosité de toute l’équipe. ».
LULÔ KANDA de Lola Frederich
Avec Bass Dhem, Sarah Ngo Ntat
D’après les témoignages de Aimée Kéta-Batismba et des femmes du groupe de paroles LFMR (hôpital de la Salpêtrière).
« Lorsque j’ai commencé à regrouper des témoignages auprès des associations et des militantes d’origine africaine subsaharienne, j’ai été frappée par les situations inextricables liées la violence du déni qui entoure le sida. Toutes m’ont raconté combien ce virus, transmis dans l’intimité sexuelle, cristallisait et amplifiait cruellement les inégalités homme-femme ».
Afin de restituer leur parole, Lola Frederich a choisi de confier à un comédien l’incarnation de tous ces témoignages à travers l’histoire d’une femme séropositive. Pour la réalisatrice de « Dans l’ombre d’une ville » et de « Taxi Wala » « l’enjeu du film est de restituer et de rendre sensible en
trois minutes la violence des inégalités homme-femme face à cette épidémie. Et cela, par la voix d’un homme… »
Un choix qui n’a rien d’innocent car « l’interprétation masculine de ce texte permettra de déplacer les connotations d’usage, voire inconsciente, que l’on projette sur le sexe féminin ».
De ce tournage, je ne me souviens que du comédien Bass Dhem, accoudé
à la fenêtre du 26ème étage d’une tour, Porte de la Chapelle, répétant inlassablement son texte afin de trouver la manière de se l’approprier.
MELO, 14 ANS de Christine Dory
Avec Mélody Mohamedi
« Dans les ruines désertées de son enfance, Mélo, 14 ans, séropositive depuis sa naissance, dit le drame du silence : comment son père n’a pas prévenu sa mère et comment sa mère à son tour… Un crime qu’elle ne juge pas. ».
Christine Dory a fait une rencontre, Mélody, une jeune fille impressionnante qui a grandi et s’est construite avec la maladie qui fait partie de sa « personnalité ». Elle se raconte en toute franchise dans la maison qu’elle s’apprête à quitter pour rejoindre sa mère.
« Il y avait beaucoup de raisons d’accepter cette proposition et d’en être honorée, raconte la réalisatrice des « Inséparables », j’avais plusieurs fois été intéressée par des démarches d’Act Up, par leur combat contre le sida qui est d’abord et radicalement politique. D’autre part j’étais sensibilisée par mon fils de 14 ans à la question de la prévention en milieu scolaire, mon fils me racontant comment les enfants se marraient bien pendant les temps consacrés à la question du sida. Les enfants ne se sentaient pas du tout concernés alors même qu’ils commençaient à avoir une vie sexuelle… J’étais déroutée. Et puis bien sûr la question des femmes, éternels seconds couteaux d’une bataille (de plus) où le machisme généralisé augmente leurs difficultés et disons le, leur souffrance: pour ne citer qu’une chose, les protocoles de trithérapie sont faits sur des hommes… et donc pour les hommes. »
Ce qui restera de ce tournage ? « Mon étonnement, mon émotion devant la maturité et la sauvagerie de Mélo, bout de chou va-nu pieds et petit soldat ».
LA POUDRE D’ESCAMPETTE de Catherine Corsini
Avec Judith Henry (Denyse) et Eric Caravaca (Gianni)
Pour Catherine Corsini, ce film court aurait pu aussi bien s’intituler «Denyse et ses amants ». La réalisatrice de « Partir » a choisi d’évoquer une de ses amies et plus particulièrement une de ces petites histoires qui arrivent à une femme séropositive, jolie aventurière confrontée à la réalité
banale de la lâcheté des hommes qui prennent souvent « la poudre d’escampette ». « Je me suis toujours demandé, et si Denyse n’avait pas été malade, quelle vie aurait-elle eue ? Des enfants, un conjoint, une vie de famille, un boulot à plein temps ou pas ? En quoi le sida a altéré ses relations ? Sa vie ? Le projet sur les femmes et le vih m’a permis de parler d’elle » explique Catherine Corsini.
C’est une histoire ironique et amère, mais qui montre combien Denyse est une femme audacieuse et particulière. Je trouve important de continuer à
faire des actes militants.
Une idée de slogan pour Act Up-Paris ? « Toujours envie »
FRUIT DE MER de Brigitte Sy
Avec Catherine Kapusta-Palmer et Brigitte Sy
Catherine et Brigitte ont un premier point commun : elles aiment les fruits de mer. Brigitte Sy a donc décidé de filmer leur rencontre autour d’un plateau et d’une bonne bouteille de vin.
C’est là que Brigitte Sy, comédienne, qui tourne actuellement son premier long-métrage, a décidé de se mettre en scène lors de sa conversation avec Catherine, séropositive depuis 1987. Elles vont se parler aussi de leurs autres points communs : « Je suis comédienne et réalisatrice, raconte Brigitte Sy. Je suis séropositive depuis 1990, contaminée aussi par mon compagnon, ex toxicomane. Dans un métier où l’on est déjà exposé, j’ai préféré jusque-là ne pas parler de ma séropositivité, c’est une chose que je partage avec mes proches. J’ai consacré une partie de ma vie à élever mes enfants. Aujourd’hui, ils sont grands et volent - presque - de leurs propres ailes. Toute mon énergie, je la mets désormais à faire des films. »
Sa partenaire de repas, Catherine Kapusta-Palmer a été la première femme à être nommée au Conseil National du Sida pour son expérience personnelle et pour son travail associatif. Aujourd’hui, elle est militante à Act Up-Paris et travaille au Planning familial. Elle est aussi Présidente de l’association Marie-Madeleine, une association de femmes africaines.
« Toutes les deux, poursuit Brigitte Sy, nous luttons à notre manière pour
rester debout. Il m’était impossible de ne pas faire ce film.... encore trop de femmes et d’hommes sont terrorisés à l’idée de révéler leur séropositivité.
Un souvenir du tournage ? « Une délivrance… »