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Jeudi 6 / 22H

CARTE BLANCHE À BERNARD LATARJET
Une Carte Blanche offerte par le Festival à Bernard Latarjet, ex-Délégué Général de la Cinémathèque Française, aujourd’hui Directeur de Marseille-Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture.
Séance en sa présence


fellini

Fellini Satyricon
de Federico Fellini

Italie – 1969 – 135’ – VOSTF

Avec Martin Potter, Hiram Keller, Max Born, Salvo Randone.

Dans une Rome antique imaginaire et baroque, sous le règne de Néron, deux étudiants vivent d'expédients et se disputent les faveurs de leur jeune esclave Giton. Ils vont d’aventures en aventures, guidés par leur instinct de jouissance. Dans ce monde décadent où orgies et autres festins sont courants, où la morale est absente, les trois comparses, à la fois unis et désunis, vivent différentes expériences au gré de leurs rencontres.
Cette trame permet à Fellini, dans cette adaptation libre du texte de Pétrone, de filmer à la fois l'extrême beauté et l'infinie laideur. Des images insolites et bizarres procurent des émotions inédites et font vibrer de peur, d'espoir ou de plaisir à l'instar des deux héros confrontés aux mystères de la vie et de la mort.
C’est un carnaval somptueux, où se mêlent les ors de l’Orient et le bleu de la Méditerranée.

« Délire grandiose et d’une beauté plastique à vous couper le souffle. Une succession de plans dont on voudrait suspendre à chaque instant le flot… ».
Jean-Louis Bory. 15/12/1969 Le nouvel Observateur.

« La création d’oeuvres d’art est un moyen, provisoire peut-être, d’échapper à la mort. Les fresques sont en effet fragiles (ce motif sera reprit dans "Fellini-Roma"). Comme d’habitude, Fellini condamne les crimes de ses deux vittelloni que sont Encolpe et Ascylte mais compatit à leur souffrance. Pour la première fois cependant, dans ce monde d’avant l’imprégnation christique, la grâce ne peut venir d’un ange mais de la création artistique.
Fellini a expliqué que, gravement malade, il avait retrouvé l'inspiration grâce à ce récit de Pétrone, lu pendant sa jeunesse. "Satyricon" est le premier roman picaresque européen. Ecrit sous Néron, vers le milieu du premier siècle, seulement deux fragments des livres XV et XVI nous sont parvenus; le festin chez Trimalcion occupe plus de la moitié des vers. Fellini indique que l’aspect lacunaire de l'oeuvre l’avait fasciné car elle permettait d’imaginer les épisodes manquants.C’est ce délire d’imagination qui fait la force du film. Plus que jamais, l’intrigue et le suspens ; l’aspect linéaire, contrapuntique, sont traités avec désinvolture pour se concentrer sur l’aspect vertical, harmonique de la mise en scène. Mais le cinéma n’a pas la possibilité de la musique de superposer les images. Fellini profite donc des trous du récit pour surcharger les séquences de plans qui expriment sa vision de l’époque ; Le vaisseau de Lycas, la baleine (premier rappel de "La dolce vita") que l’on y pêche, l’hermaphrodite dans sa baignoire, l’immense balançoire du jardin des délices sont autant de symboles, totalement inventés, de la dégénérescence de la Rome antique.

Fellini a indiqué aussi qu’au fur et à mesure que l’oeuvre se construisait, il sentait des correspondances avec la société contemporaine. Il ne faudrait toutefois pas voir dans le Satirycon qu'une allégorie moralisatrice sur l'effondrement de la culture et des moeurs de l’Europe…

Fellini est probablement persuadé que l'époque contemporaine a balayé les anciennes pratiques mais peut-être pas les anciennes valeurs... ou non-valeurs. Hier comme aujourd'hui, ses héros sont aveugles à la grâce. La correspondance avec la société contemporaine le frappe probablement plus prosaïquement dans son métier de cinéaste.

Fellini trouve dans les valeurs esthétiques de la Rome de la décadence (la surcharge, le foisonnement) des solutions nouvelles qu'il applique avec générosité à toutes les formes d'art. Satyricon multiplie en effet les références aux autres arts : récit (Le corps du mari prenant la place du pendu pour sauver l’amant) ; peinture (les multiples fresques), théâtre (les scènes cruelles du théâtre de Vernaccio) et jeux du cirque (le faux Minotaure). »  
J. L. L le 03/03/2003 Ciné club de Caen