
EVENEMENTS
du 5 au 9 Mai
CARTE BLANCHE À VIDEOCHRONIQUES (marseille)
Dans l’espace EXPOSITION du CinÉma les VariÉtÉs, durant tout le Festival.
L'association Vidéochroniques,
invitée du Festival a choisi de présenter les œuvres des artistes :

HILDEGARDE LASZAK
« REGARDEZ MAIS NE RÉPÉTEZ RIEN »
Dessins – Mots/Textes
Hildegarde Laszak dessine. Elle dessine même à foison, mobilise toutes sortes de papiers, toutes sortes de formats et toutes sortes d’énergies. Tant et si bien qu’il lui faut souvent nommer ses installations au moyen d’un seul intitulé générique, à défaut de pouvoir répertorier individuellement les éléments qui la composent. Celles-ci d’ailleurs rejouent le phénomène qui prévaut dans la réalisation de chaque dessin de l’artiste, fondé aussi sur un travail de construction et d’agencement dans l’espace.
Hildegarde envisage sa production comme “une architecture silencieuse”, on serait tenté de dire “sourde”. Les contenus qui la nourrissent proviennent indifféremment de faits d’actualité, d’emprunts à la culture populaire, d’épisodes autobiographiques voire intimes saisis dans l’instant ; Ses formes s’inspirent tour à tour du dessin de presse, de la bande dessinée, de la caricature, du dessin académique… dont elle déjoue et rejoue sans cesse les codes. Le temps également y fait son œuvre, favorisant l’émergence d’une véritable mythologie personnelle faite de figures récurrentes telles “les bottes et bottines”, “la branleuse”, “le cœur”, etc.
“Il est très important à mes yeux de préserver l’honnêteté qui qualifie le médium” nous dit l’artiste en précisant sa volonté “de laisser entrevoir le processus et ses à-côtés, à l’inverse d’une pratique de plus en plus indissociable de la technologie et de modes de diffusion formatés.” Elle revendique en conséquence les erreurs, les tâches et les déchirures. De fait, l’honnêteté de ses dessins ne fait aucun doute, elle saute aux yeux !
Hildegarde écrit aussi. Des mots dessinés, griffonnés, raturés, tracés à l’encre de chine ou découpés dans les pages de magazines et collés comme les lettres d’un corbeau. Elle a le verbe – et le trait – drôle, acide, politiquement/socialement/sexuellement incorrect, parfois provocateur, engagé, insoumis, toujours lucide, en tous les cas jamais complaisant, surtout pas à l’égard d’elle-même.
Hildegarde a un chien, un little bastard, il s’appelle Pollock.
(Edouard Monnet et Ian Simms)
Hildegarde Laszak est née en 1984 à Toulon, où elle vit et travaille.


FREDERIC VAESEN
« EROS MACHINE (...) »
Photographies et dyptique vidéo diffusé sur moniteur.
Eros Machine (La Cage) est le titre d’un album du compositeur Jean-Michel Jarre, paru en 1969. L’ambiance électro plutôt dark et la couverture stylisée de l’album (une grille géométrique qui oscille entre design industriel, art optique et fétichisme sadomasochiste) font de cette « cage » l’envers SM d’une utopie de l’amour libre. 1969, année érotique mais aussi, paradoxalement, la fin annoncée de l’esprit Summer of Love dans la dissolution mélancolique des rêves New Age de sexualité partagée. Vingt cinq ans plus tard, une exposition emblématique ouvre ses portes au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, lors du printemps 1994, sous le titre L’Hiver de l’amour. L’amour est cette fois prostré dans une hibernation, après l’hécatombe des années sida : l’ère glaciaire de l’ « après-amour ».
Eros Machine (1991-94) est une installation de Fred Vaësen où culmine ce trauma et son exorcisation poétique. Fasciné par un détail d’une fresque monumentale de Luca Signorelli ( Les Damnés, Cathédrale d’Orvieto, 1499/1504), représentant une scène du jugement dernier où les condamnés nus chutent en enfer, Fred Vaësen a décidé de construire un imposant dispositif de bois, cordages, acier et cuir, permettant la suspension des corps. Des corps mis à nu, harnachés aux anneaux de la structure, non pas pendus mais en survol, dans l’attente d’un rapt photographique où l’image servirait justement à geler les logiques de disparition. Comment s’abstraire de la pesanteur pour imposer la grâce du corps, à un moment où les dépouilles, doublement stigmatisées par une maladie qui n’osait dire son nom, s’effaçaient comme des linceuls ? Pendre les corps revenait à suspendre l’hécatombe (les premiers traitements faisaient une timide apparition) en retrouvant l’énergie d’une chair offerte à la pulsion scopique.
Car avant d’être un mémorial ou une sculpture (à mi chemin entre objet post-minimaliste et accessoire SM), Eros machine est une machine optique (une « opticerie » aurait dit Marcel Duchamp) qui permet à l’artiste d’installer ses modèles dans des pauses incertaines, pour mieux capturer le vol de leurs culs aériens. Culs de garçons et de filles, indistincts, selon sur une neutralité androgyne qui donne à cette constellation de fesses des résonances cosmiques. Plongée dans une semi-obscurité et calée dans un oculus qui invite au voyeurisme du peep-show, la raie devient un signe astral, une abstraction d’infini d’une surprenante légèreté, conjurant la gravité des corps.
Ces tirages photographiques, tous uniques, sont autant d’indices de cette cosmogonie du corps en apesanteur qui mêle les genres et les références (des clichés post-surréalistes de Pierre Molinier aux utopies pansexuelles de Charles Fourier), pour mieux résister à la déflagration des pratiques amoureuses et sexuelles et leur possible stigmatisation sociale.
Eros machine, éros magnétique. (Pascal Rousseau)
Frédéric Vaësen est né en 1966 à Harnes (Pas-de-Calais), il vit et travaille à Paris, et enseigne à l'École Supérieure d'Art de Cambrai.
VERNISSAGE DE L’EXPOSITION
LE JEUDI 6 MAI A 19H30
& APERITIF