Peintures de Marc Mérolli


Après les expositions arts plastiques, vidéos, photographie, et installations : «Regards» 2002, «Le corps» 2003, «L'intime» en 2004, les «Fictions chorégraphiques» de l’artiste vidéaste Danielle Bertotto en 2006 , le festival Reflets accueille aujourd’hui les toiles du peintre Marc Mérolli.

C’est avec beaucoup d’émotion en pensant aux deux petites compagnes de jeux de mon enfance que j’évoque ma participation au Festival Reflets qui, tout bien considéré, me semble tout à fait naturelle. Sur le fond, les questions d’humanité de chaos, de nos faces cachées (monstruosités et délices) persistent. Elles sont la substance de mon travail. «Il y a dans tout homme à toute heure deux postulations simultanées, l’une vers Dieu l’autre vers Satan », disait Baudelaire dans «Mon cœur mis à nu». J’assume et revendique ma peinture comme résonance de l’insoutenable incertitude humaine. Avant que l’on se rencontre, une amie a écrit le texte qui suit. Je vous le livre car il me semble totalement en accord avec ce que je suis et avec mon travail, il est suivi d’un texte critique sur ma peinture.
Marc Mérolli – Mars 2007

«Il ne s'agit pas d'histoire mais de mémoire. De mémoire et de poésie. Ainsi font les captifs, ainsi font les paraboles qu'ils projettent vers nous; ainsi fait-elle quand elle t'aime. A chaque abandon, à chaque compromis, l'usure des gestes, la réduction du poème. Entre les captifs coule le gardon bleu. Et ces corps d'hommes jeunes, conquérants d'autant d'insouciance l'été, sont posés sur toute la tendresse rentrée, condamnée de leurs pères. Elle est devenue un regard, elle pourrait disparaître, il resterait ce regard. Elle s'est trompée il y a longtemps, elle est trop restée sur la rive d'en face. C'est fini. Comment rejoindre son image, celle qu'on a volée. Toute la force du mouvement réside dans sa tension, surtout quand celle-ci, vaine, en devient pathétique de vérité.
Loin, loin, très loin après, les anges. Après les captifs, les anges. Les anges, ce sont ces instants où le mouvement obtient enfin une victoire sur la matière, s'en dégage, le moment rare et rapide d'un sens incarné qui s'ignore. D'abord les captifs.
»
Claudine Audibert
Extrait «Les Jardins, deuxième hiver», Les captifs, éd. Comedia 2006

Les toiles de Mérolli portent la trace d’une aventure individuelle et collective. Elles témoignent d’une force de vie ancrée au creux de l’être, dans son intimité physique, mais qui a des correspondances dans l’aventure humaine, à la fois celle de l’espèce et celle de l’esprit. Le corps comme objet de son travail n’en est plus le sujet. La forme s’interroge entre multitude compacte et fragmentation de l’individu, transparence liquide et opacité colorée, matière frottée et lissité sensuelle. Au-delà de l'expression d'une inquiétude viscérale, il évoque une complexité de l'être qui voudrait que l'Homme soit essentiel. Dualité profonde de l'humain s'empêchant de renouer avec une harmonie initiale. L’objet c'est le corps écrit dans la matière, surgissant, lumineux, de la couleur. Au delà du genre reste l’archétype humain indéfinissable souvent asexué. Multitude anonyme, colorée, successive, cyclique, subissante et combattante. Mérolli vient nous chercher, exhume la culpabilité de l'indifférence, la désacralise en refusant la vacuité de l'image. Devant l'hypertrophie de la communicabilité, il revendique la persistance de l'incommunicable, de l'indicible. La vision ne choque pas. La distance établie incite à la sensation. Mérolli joue l'ambiguïté avec le spectateur. Matières, formes, couleurs interrogent nos sens pour mieux inviter au face à face. Encouragement à poser un regard différent sur la peinture où le corps est lieu d’intimité, de liberté, de mystère et d’exposition. Ici, voir c’est se laisser surprendre par soi.
Christine Moure. Historienne de l’Art. Septembre 2006.